/medias/image/17243886915c3711a4a9ea0.png
Retour aux actualités
Article suivant Article précédent

Interview d'Alain Corre, Directeur exécutif pour la région EMEA d'Ubisoft, Promotion 1987

Interview

-

06/06/2014



Alain CORRE, diplômé de l’ESG Management School en 1987, nous a reçus dans les locaux d’Ubisoft, leader mondial sur le marché des jeux vidéo, dont il est Directeur exécutif pour la région EMEA (Europe- Asie Pacific). Il nous parle de son parcours et partage sa vision du monde de l’entreprise en incessante évolution. Il nous donne aussi quelques conseils et dévoile ses jeux préférés. 

 

ESG MS Alumni : Peux-tu nous décrire ton parcours professionnel ?

Alain : Mon parcours professionnel est en définitive assez simple : à la sortie de l’ESG, je suis directement entré chez Ubisoft, que je n’ai pas quitté depuis. Cela fait donc 27 ans que je travaille dans cette entreprise. En 1987, Ubisoft était une toute petite société spécialisée dans l’importation de jeux vidéo. C’était d’ailleurs l’époque des débuts de l’existence même des jeux vidéo. Le fondateur d’Ubisoft, mon ami Yves Guillemot, m’a proposé de rejoindre sa structure pour quelque temps. Finalement, je n’en suis jamais parti.

Est-ce par passion pour les jeux vidéo que tu y es resté ?

Le produit me plaisait, même si à l’époque c’était mal vu par « les bien pensants » de l’époque, de dire que l’on jouait aux jeux vidéo ! Aujourd’hui, c’est un peu le contraire : c’est devenu un loisir de masse (1.5 Milliard de gens jouent dans le monde), et ceux qui ne jouent pas ne sont très « in ». Ce loisir interactif est passionnant ! L’univers de la création est un secteur qui évolue en permanence. En embauchant des gens à notre image, nous avons construit cette société petit à petit… Et quand vous construisez quelque chose de rien, et que vous voyez que cela fonctionne bien, vous avez tout simplement envie de continuer à développer.


Tu n’as donc pas rencontré d’obstacles lors de ton entrée dans la vie active ?

Pas pour avoir un travail. Par contre, pour bien trouver sa place dans la vie active, il faut faire ses preuves. Jeune diplômé, tu écoutes d’abord, tu essaies de capitaliser des expériences, tu restes ouvert, tu ne te mets pas forcément en avant trop tôt. Surtout, on ne te demande pas de te mettre en avant. En tout cas, auparavant, « au 20e siècle », c’était ainsi ! Aujourd’hui, c’est assez différent : vous, les générations Y ou Z, vous êtes social et digital natives, et c’est une vraie chance ! Dans les entreprises, nous avons grand besoin de vos compétences, de vos connaissances, de vos conseils pour prendre les bonnes décisions. Par conséquent, les jeunes sont plus facilement intégrés à la hiérarchie. Auparavant, il fallait un certain nombre d’années d’expérience pour gagner la confiance et pour avancer dans sa carrière.
Les jeunes d’aujourd’hui ont quelque chose que n’ont pas la majorité des dirigeants d’entreprise : ils se nourrissent en permanence de nouvelles technologies et communiquent d’une nouvelle façon, à travers les réseaux sociaux. Pour nous, les dirigeants d’entreprise, le meilleur moyen de ne pas faire d’erreur, c’est justement de faire venir les jeunes à des réunions, pour qu’ils nous donnent leur avis, de les intégrer dans nos réflexions ou analyses très tôt. Ils sont le reflet de nos consommateurs.
J’ai observé une autre évolution au niveau des stages. Il y a une dizaine d’années, on confiait des tâches plutôt faciles et non stratégiques à nos stagiaires, on ne prenait pas de risques. Aujourd’hui, on convie des stagiaires à d’importantes réunions, à prendre part à certaines réflexions stratégiques. Pour conclure, si tu es vraiment familier des nouvelles technologies, des réseaux sociaux et ouvert sur les innovations, tu peux gravir les échelons beaucoup plus vite.

« Vous, les générations Y ou Z, vous êtes social et digital natives, et c’est une vraie chance ! Dans les entreprises, nous avons grand besoin de vos compétences, de vos connaissances, de vos conseils pour prendre les bonnes décisions. »

N’est-ce pas le domaine d’activité d’Ubisoft qui fait que vous faites davantage appel à la jeune génération, qui est en effet la principale destinataire de vos produits ?

Pas uniquement. Aujourd’hui, le marketing est en train de migrer très vite vers les réseaux sociaux, le online, le CRM (Customer Relationship Management) passe aussi surtout par les réseaux sociaux, vous ne communiquez pas sans être présent sur Youtube, sans considérer Facebook, Twitter, What’s App, Line ou Instagram. Et cela est valable pour toutes les entreprises.


Quelles sont les qualités requises pour travailler sur ton poste de directeur exécutif ?

Je gère la partie Publishing d’Ubisoft sur l’Europe et l’Asie. Nos Studios créent des jeux Top Quality, en ensuite on prend le relai. Je dois faire preuve de beaucoup de polyvalence. Avec mes équipes, je dois être capable de motiver les gens, d’aider à les recruter, de développer le business, de décider des orientations des investissements sur mon périmètre, de signer des contrats, d’analyser et de comprendre le marketing et la finance, de travailler sur des business plans, de communiquer en interne comme en externe, etc. Ma fonction couvre énormément de domaines. C’est très éclectique et très passionnant aussi.
Dans notre métier, il faut aussi réagir très vite, s’adapter. Pour donner un exemple, il arrive qu’il y ait des leaks, c’est-à-dire, des informations qui fuitent. Ces informations peuvent fuiter de différentes façon : par le biais d’une maladresse de l’un de nos 9 000 collaborateurs par erreur ou d’un journaliste qui a « oublié » les dates d’embargo par exemple, pour le tout dernier Assassin’s Creed : quelques images ont fuité, mais comme souvent, ces images « leakées » étaient de très mauvaise qualité. Vous imaginez le sentiment des consommateurs : ils ont vite constaté que, graphiquement, le jeu n’avait pas l’air « au TOP ». En 24 heures, une cellule de crise a été montée pour préparer et diffuser une séquence qui prouvait que cette nouvelle version d’Assassin’s en faisait tout simplement le meilleur jeu que nous ayons jamais fait. La réactivité et l’adaptabilité sont deux forces essentielles dans notre métier.


Et la créativité ?

Il faut innover et être créatif dans n’importe quel métier et sur n’importe quel poste. Chacun doit essayer d’innover à son niveau, de trouver des moyens d’améliorer son travail au quotidien, de proposer de nouvelles solutions à sa hiérarchie et à ses collaborateurs.
Évidemment, les créateurs de jeux vidéo doivent avoir beaucoup d’imagination. Personnellement, je ne crée pas de jeux à proprement parler, je suis plutôt un « facilitateur » entre ceux qui créent et le consommateur. Toutefois, à mon niveau, je dois moi aussi innover. Si vous restez assis sur vos acquis, vous ne rattraperez jamais le TGV de l’évolution. Il faut sans arrêt avoir envie d’avancer vite, et de se remettre en question.
 
« Si vous restez assis sur vos acquis, vous ne rattraperez jamais le TGV de l’évolution. »

Quels atouts ta formation à l’ESG MS t’a-t-elle apporté pour réussir à ce poste ?

L’ESG m’a permis de découvrir toutes les facettes de l’entreprise. J’ai compris qu’une entreprise qui fonctionne bien, c’est une somme de talents et de compétences qui doivent bien travailler ensemble. Une entreprise doit non seulement être performante dans le domaine de la vente ou celui du marketing, mais aussi en gestion, en fiscalité, en relations humaines, en logistique, en systèmes Informatiques, en juridique… Elle doit savoir recruter, motiver et garder ses talents. Et chacune de ses meilleures compétences doit être à un bon niveau de performance. L’ESG m’a permis d’aborder toutes ces matières, toutes ces problématiques. L’ESG m’a aussi donné l’opportunité d’effectuer de nombreux petits jobs, grâce à l’Association « Junior entreprise » et de découvrir un certain nombre de sociétés de l’intérieur (Hachette, Lafarge, Quick, Avis...). C’est ainsi que je me suis fait une idée sur ce que j’avais envie de faire et ce que je pouvais apporter à une société.
L’ESG m’a poussé à rencontrer des gens différents, à tisser des liens et aussi à faire la fête, à savoir célébrer un succès. Dans mon métier, savoir organiser un évènement, une soirée, un séminaire font partie de la vie de l’entreprise, du « Fun » pour sortir un peu du carcan du travail. À l’ESG, j’ai aussi appris à bien « gérer » le lendemain des soirées pendant les cours ! Nous savons tous que les lendemains matins peuvent être difficiles, mais il faut assurer malgré tout ! Dans mon métier, malgré mes nombreuses sorties pour lancer les produits et participer à des salons, le lendemain matin, je dois être au top pour négocier, mener des réunions, faire des présentations ou signer des contrats.


La vie de l’école lors de ta promotion était-elle donc festive ?

L’ESG a toujours été une école dynamique : il y avait une énergie débordante, un certain dynamisme qui vous donne envie de faire toujours plus. La vie associative était très riche et je faisais partie de la Junior entreprise et du BDS. Grâce à ces projets associatifs, j’ai appris à travailler en équipe. C’est aussi dans ces moments-là que nous construisons notre personnalité et créons des liens forts qui perdurent. J’ai gardé beaucoup de contacts avec les gens de l’ESG de l’époque où j’y étais.

Te souviens-tu aussi des professeurs ?

On ne retient toujours que quelques profs dans sa vie, mais certains nous marquent vraiment. À l’ESG deux professeurs m’ont marqué : l’un était à l’époque chef de Groupe Marketing Colgate et il nous expliquait la méthodologie du marketing classique sur… le dentifrice. Ses cours de marketing étaient passionnants et m’ont donné envie de défendre un produit pour une entreprise.
Le deuxième professeur, qui venait d’une grande maison de prêt-à-porter, m’a appris à communiquer. Je me rappelle d’un cours en amphithéâtre. Nous devions présenter une étude de cas. Avec mon groupe, nous avions préparé une présentation complètement décalée qui a fait marrer tout le monde. Dans son analyse finale, ce prof a félicité notre groupe pour avoir réussi à réveiller l’audience, à être différents tout en faisant passer les messages. Depuis ce jour-là, je garde toujours à l’esprit que pour communiquer efficacement, il faut se démarquer, innover, sans cesse surprendre et oser. C’est devenu pour moi une règle que je mets en application depuis que je suis à Ubisoft. Cela marche très bien pour l’interne comme pour l’externe.


Quelles autres règles appliques-tu ?

En communication, il ne faut pas vouloir passer plus de deux ou trois messages à la fois et veiller à toujours donner des exemples. Et encore une fois, détendre l’atmosphère et faire sourire les gens : ils intégreront les messages plus facilement.


Aujourd’hui, Ubisoft est le troisième développeur indépendant de jeux vidéo dans le monde, avec 29 studios dans 19 pays, plus de 9 200 collaborateurs et 1,256 milliard d'euros de chiffre d’affaire. Souhaites-tu continuer à faire grandir Ubisoft ?

Nous sommes en phase de croissance sur un marché qui évolue en permanence, avec notamment la sortie des consoles de jeux Nouvelle Génération, la Playstation 4 de Sony et la Xbox One de Microsoft. Nous avons un certain nombre de marques que nous faisons grandir tous les ans : Assassin’s Creed, Just Dance, Rayman, Lapins Crétins, Far cry, Watchdogs… Pour les années à venir, je vois de belles perspectives pour nos marques, dans un marché qui repart en croissance. Si je sens que je peux encore contribuer au développement de la société et donner aux consommateurs l’envie de jouer davantage à nos produits, je continuerai avec plaisir !


Joues-tu aux jeux vidéo ?

Je connais la plupart de tous les jeux qui sortent sur le marché des consoles. Les jeux qui m’ont récemment le plus marqué ? GTA 5, Mariokart WiiU, Assassins’s Black Flag, Uncharted, et je me rappelle encore de la claque que m’a procuré le tout premier Splinter Cell ! Je joue un peu, mais moins qu’avant, j’ai un peu moins de temps aujourd’hui. Un peu à Candy Crush, je joue chez moi parfois à Just Dance, avec mes filles. Je n’ai pas le choix ! Je joue aussi à Assassin’s Creed ou plutôt je regarde mon fils y jouer, il est Fan et il y joue super bien ! Par ailleurs, il est étudiant à l’ESG Management School.


Est-il satisfait de sa formation ?

Je crois qu’il est très satisfait. Cet été, il partira en Nouvelle-Zélande pour un an, effectuer sa 3e Année. D’ailleurs, cette possibilité de partir à l’étranger au milieu du cursus constitue une formidable opportunité. Il n’y a rien de mieux pour s’immerger dans une autre culture et apprendre une langue. Ce sont d’ailleurs souvent les connaissances des langues étrangères et de l’anglais en particulier, qui permettent de bien réussir dans la vie professionnelle. Je parlais bien anglais lorsque j’ai intégré Ubisoft. Comme nous réalisons 95 % de notre business à l’étranger – États-Unis, Canada, Grande-Bretagne et Australie doivent représenter 70 à 75 % du business – la maîtrise de l’anglais m’a permis d’avancer plus vite.


En plus de l’importance d’apprendre les langues, quel autre message souhaites-tu passer à nos étudiants ?

Il n’y a pas de réussite sans investissements importants en termes de temps et d’énergie. Si vous avez envie d’avoir un poste intéressant, il faut prioriser le travail, et je dirais même, surtout dans les premières années. Certes, dans mon métier, il y a beaucoup de fun : le produit est très plaisant, les consommateurs plutôt jeunes et il est toujours agréable de construire des campagnes marketing innovantes pour des produits de loisirs interactifs. Mais derrière tout cela, il y a beaucoup de boulot. Il ne faut jamais oublier que pour y arriver, il faut beaucoup travailler ! Et pour que le fait de travailler beaucoup ne coûte pas trop, il faut bien se connaître, savoir ce que l’on aime et essayer d’entrer dans un univers qui nous plaît. On aura ainsi moins de difficultés à faire des sacrifices pour s’y investir à fond.

« Il faut bien se connaître, savoir ce que l’on aime et essayer d’entrer dans un univers qui nous plaît. »

2651 vues Visites

J'aime

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Interview

Interview de Théo Ambrosini et Grégory Debret, fondateurs d'Homizy

User profile picture

Marie-Cécile CHEVALIER

17 octobre

Interview

Du côté des entrepreneurs : Julie Réjean (PSB PGE 2007)

User profile picture

Marie-Cécile CHEVALIER

29 avril

Interview

Du côté des entrepreneurs : Purée Maison

User profile picture

Marie-Cécile CHEVALIER

10 janvier