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Interview de Bertrand Estrangin - Promotion 1997

Interview

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25/03/2015


Bertrand ESTRANGIN obtient son diplôme en 1997 et intègre aussitôt le groupe chimique Solvay. Pendant 17 ans, il y occupe différentes fonctions au niveau corporate à Bruxelles ou en France : responsable de la communication, responsable de projets de knowledge management et responsable innovation. En 2014, il décide de quitter le monde de la chimie pour inaugurer à Bruxelles sa galerie consacrée à l'art aborigène. Un défi passionnant relevé par l'un de nos Alumni passionné !
 



ESG MS Alumni : Peux-tu nous décrire ton parcours professionnel ?

Bertrand :
J’ai été embauché en 1997 par le groupe chimique Solvay, pour prendre en charge le projet Intranet France. En 1999, le succès du déploiement des intranets dans les 20 usines en France, m’a conduit à faire partie de l’équipe projet corporate à Bruxelles, en charge du déploiement mondial de l’intranet. Ce fut une expérience multiculturelle intéressante, avec des méthodologies de travail et des sensibilités très différentes en fonction des pays.

En 2002, j’ai quitté la France pour la Belgique, pour prendre en main une nouvelle fonction au sein de la direction IT, en charge de la communication, du marketing et l’innovation, avec une petite équipe. J’avais carte blanche sur ces sujets pour faire avancer la culture client au sein de l’IT, prendre en charge des projets de redéfinition de la vision IT à 5 ans avec le comité de direction.

En 2007, j’ai rejoint l’équipe corporate en charge de la définition de la stratégie et du déploiement de la gestion de la connaissance au siège à Bruxelles. Nous travaillions beaucoup sur l’humain, sur les freins au partage de connaissance au sein des organisations et sur l’investissement rentable que cette dynamique représente pour un top manager.

En 2011, la direction corporate HSE de Solvay, a souhaité me recruter pour développer avec eux un programme de transformation de l’organisation, visant des réductions de coûts significatives. Je me suis attaché à donner du sens avec le top management pour inscrire les projets et les actions dans une perspective constructives projetant l’organisation dans le futur.


À l’occasion de la fusion du Groupe Solvay avec Rhodia, j’ai finalement décidé en 2014 de saisir l’opportunité de quitter l’entreprise pour me consacrer à ma passion : l’art Aborigène d’Australie en ouvrant ma galerie « Aboriginal Signature • Estrangin Fine Art » à Bruxelles.


Quel a été le plus grand défi professionnel auquel tu as fait face au sein de Solvay ?

En 2000, le directeur général France m’a demandé de rejoindre son équipe pour prendre en charge la gestion de l’innovation pour la France et déployer des démarches participatives et collaboratives. Je partageais mon temps entre nos différentes usines, en animant des sessions de créativité pour optimiser les processus, inventer de nouvelles approches en dehors des clous.
En 2001, j’ai lancé avec nos collègues européens un portail multi-langues INNOPLACE pour gérer les idées des collaborateurs du groupe en Europe. Chaque employé, de l’ouvrier au vice-président pouvait ainsi partager ses idées, nommer un expert, valider avec lui la faisabilité, et partager toutes ses propositions en ligne sur l’intranet. Le tout était supporté par des réseaux INNOV’ACTEURS à mobiliser pour décentraliser la dynamique et assurer une gestion locale des idées.
Ce fut un projet fantastique qui très rapidement a été sélectionné par le comité exécutif pour un déploiement mondial, aux USA, en Asie. En quelques années plus de 350 000 idées, dans toutes les langues ont été collectées et gérées sur le terrain en proximité, permettant de faire des économies à hauteur de plus de 180 millions d’euro.
De 2002 à 2014, j’ai continué à veiller de près ou de loin sur ce projet, en apportant des conseils pour son évolution.
Cette dynamique participative a transformé l’organisation, en invitant le management au dialogue, à tous les niveaux de l’entreprise. Des top managers peuvent ainsi saisir l’opportunité de mettre en œuvre des idées inattendues venant de collaborateurs qui n’avaient hier pas toujours droit à la parole.
Depuis 2002, avec d’autres groupes industriels engagés dans ces approches (Renault, la SNCF, EDF, ACCOR…), nous avons fondé l’association INNOV’ACTEURS pour déployer plus largement les démarches d’innovation participative au sein de l’industrie.

D’où est venue cette passion pour l’art aborigène ?

J’ai découvert l’art Aborigène lors d'un périple aux Pays-Bas, à Utrecht, en poussant, par hasard, la porte de l'unique musée en Europe, dédié à cet art. Cette découverte est en quelque sorte une conclusion logique de mes intérêts et passions qui ont guidé ma vie. J’ai en effet beaucoup voyagé en Afrique du Nord et au Moyen Orient, arpenté à pied les déserts en Algérie, au Niger, en Libye, en Irak, au Yémen...
J'ai toujours été interpellé par le nomadisme et sa pérennité dans le monde contemporain. L'homme a toujours été nomade, il s'est sédentarisé à l'époque néolithique, entre 8500 et 6000 ans avant J.-C. Il y a pour moi, dans le nomadisme, une vraie question autour du sens de la vie, une interrogation sur l'identité humaine et une vraie discussion philosophique. En Australie, les aborigènes furent encore il y a 25 ans les derniers nomades en cohérence avec une culture millénaire continue sur 50 000 ans.
Le coup de foudre pour l'art aborigène au musée d'Utrecht s’est matérialisé par l'achat de ma première peinture il y a presque 15 ans. Ainsi a débuté ma collection privée qui réunit aujourd'hui plus de 120 toiles. Je l’ai prêté à différentes institutions en Europe, au musée d’Aquitaine à Bordeaux, au musée d’Utrecht en Hollande, à l’Abbaye de Daoulas près de Brest…
Je pourrais dire que cet art a changé ma vie en me conduisant à ouvrir ma galerie d’art Aboriginal Signature. Ainsi je peux conjuguer une passion et un métier.

Est-il simple de se faire une place dans le milieu de l’art après près de 20 ans de travail dans un tout autre domaine ?

Ouvrir une galerie, revient finalement à créer une start-up, avec tous les enjeux associés.
Comme mes fournisseurs sont en Australie, j’ai également beaucoup de questions d’import et d’export et je travaille avec des artistes et centres d’art le plus souvent installés au cœur du désert semi-aride, en plein centre de l’Australie, dans des petites communautés disséminées. La communication est clef mais les différences culturelles sont très importantes.
J’ai un immense respect pour la culture nomade Aborigène, et pour ce peuple qui a beaucoup souffert.
Le milieu de l’art est très spécifique. Ma démarche de collectionneur depuis 15 ans en art Aborigène m’aide beaucoup. J’ai noué au fil des années de très bonnes relations avec de nombreux acteurs en Australie ou en Europe.
Je me rends compte finalement que j’utilise toutes les compétences acquises lors de ma formation à l’ESG en 1997, et lors d’un executive master en general management en 2008, mais également lors des 17 ans passés chez Solvay.
Il est passionnant aussi d’être dans une logique d’apprenance quotidienne, dans de nouveaux domaines qui apparaissent toutes les semaines. La vente et la négociation sont un peu nouvelles pour moi : je m’inscris dans un processus et cadre éthique en offrant des prix abordables négociés avec les centres d’art Aborigènes d’Australiens.
Actuellement au sein du salon Eurantica à Bruxelles, j’ai aussi beaucoup de plaisir à échanger avec mes autres collègues galeristes en fin de journée. Ils partagent leurs expériences, leurs aventures… c’est enthousiasmant et cela élargit mon propre réseau.

Quelles sont les principales difficultés quand on ouvre sa galerie d’art ?

Comme pour toute entreprise il y a des questions clefs comme la constitution du stock, le positionnement par rapport aux autres galeries, la fixation des prix, les négociations avec vos fournisseurs (les artistes)… Cela demande certains investissements, sans doute difficiles quand on démarre sa vie professionnelle. 40 ans est peut-être le bon âge, après un parcours et avec quelques réserves très utiles pour lancer l’activité.
La visibilité de la galerie est importante également surtout sur un marché de niche comme l’art Aborigène. S’il est peu connu du grand public, l’art aborigène de haut niveau est cependant sous les feux de la rampe dans de nombreux musées. Au sein de la galerie je propose également des œuvres clefs d’artistes émergents mais aussi confirmés qui figurent dans les collections du British Museum, du Quai Branly et des plus grands musées Australiens…
En 2015, deux expositions majeures d’art Aborigènes auront lieu dans le monde : au British Museum en Avril prochain et une autre au Musée des Civilisations du Québec à Ottawa à la fin de l’année. Cela aide dans la démarche de la galerie.
J’apprécie aussi beaucoup les échanges avec la presse, qui reconnaît la qualité des œuvres présentées, et nous supportent de temps à autres dans leurs publications. C’est important pour nous en phase de lancement, et également pour promouvoir cet art contemporain signifiant des antipodes, ancré dans la plus ancienne culture continue au monde.

Quels sont tes projets d’évolution pour Aboriginal Signature ? Souhaites-tu t’y consacrer entièrement ou as-tu d’autres projets ?

Cette toute jeune entreprise m’occupe entièrement dans cette phase de lancement et de développement. J’ai planifié quatre expositions thématiques Aborigènes par an et je participe à plusieurs salons d'art sur Bruxelles ou en Europe.
Je souhaite offrir en Europe l’opportunité unique d'observer le développement et l'évolution de ce mouvement artistique contemporain riche et fertile. Le concept de la galerie conjugue une passion et un métier avec des dimensions culturelles car j’organise également des conférences pour favoriser le partage et l'échange.
Mon objectif est de développer la connaissance de ce mouvement d'art contemporain et d'assurer la promotion et la vente d’un art Aborigène de grande qualité en Europe destiné aux collectionneurs de tous âges, comme aux grandes institutions en France.

En quoi ta formation à l’ESG MS t a-t-elle servi dans ton parcours professionnel ?

J’ai beaucoup apprécié la formation dispensée à l’ESG, à la fois exigeante, et verticale, permettant l’alliance entre une vision plus stratégique et des approches pragmatiques essentielles au sein de l’entreprise pour déployer et transformer les organisations.
Cette formation complète m’a beaucoup aidé dés le démarrage dans ma carrière. À la suite de mon stage en entreprise au sein du groupe chimique Solvay un été, j’ai ainsi ensuite opté pour la formation en alternance proposée par l’ESG. Cela m’a permis de poursuivre sur l’ensemble de l’année 1996 au sein de leur service communication à Paris.
Lors des cours à l’école, l’alternance me donnait aussi une vision et autre densité sur ce que nous apprenions. Je me souviens de discussions avec les profs sur des points plus précis expérimentés en continu en entreprise. Cela me semble une excellente approche pour développer et construire l’acuité et l’adaptabilité des jeunes professionnels.
Juste après et grâce à l’alternance, à la sortie de l’école, j’ai été embauché par le service communication pour prendre en charge leur projet intranet pour la France.

Comment était la vie associative à l’Ecole quand tu y étais ?

En intégrant l’ESG, je me suis immédiatement investi dans les associations en fondant MEDIA ESG pour fusionner 5 associations différentes sous l’impulsion du directeur de l’époque : la Radio, le Year book, le Journal, le club photo…
C’était sensible, car chaque association avait déjà prévu son responsable. Il a donc fallu offrir des places de vice-président pour chaque spécialité au sein de média ESG et développer notre association de façon plus collégiale. C’était très formateur.
L’année d’après, j’ai repris la présidence du BCG (Bureau conseil Gestion), qui était en charge de répartir les subventions de l’école auprès des associations, et de contrôler avec les bureaux le bon fonctionnement et les comptes. Je me souviens de soirées passionnées, avec tous les présidents d’association et de débats bien riches. Nous transformions des montagnes avec nos moyens, avec une énergie débordante, engagement et sens du service.
Ces qualités clefs développées dans l’associatif : sens des responsabilités, capacité à motiver les autres étudiants, à mobiliser les forces, à inspirer… sont très intéressantes pour le milieu de l’entreprise.

As-tu des conseils à donner à nos étudiants ?

J’aurais envie de leur dire de gérer leur carrière et eux-mêmes comme une start-up, en ayant soif de prendre des responsabilités au sein du monde de l’entreprise, pour y exprimer tout leur potentiel au service de l’organisation et des hommes qui la compose.
Très tôt dans une carrière je crois également utile de définir les valeurs éthiques auxquelles on souhaite être attachées, pour poser des limites mais également oser prendre des risques en cohérence.
Il est aussi intéressant d’identifier ce qui vous galvanise, vous passionne dans un métier ou une activité, et ce qui vous met à plat, pour vous orienter dans les directions où vous pourrez donner le meilleur de vous-mêmes.
La conjugaison de l’ambition, de la passion, du sens du service, de l’intégrité et de l’esprit d’entreprendre, permet d’aller loin en harmonie et synergie, pour accomplir de beaux parcours professionnels au sein du monde de l’entreprise.
 

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