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Interview de Gilles Farrugia - Promotion 1987

Interview

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21/10/2014


 
Gilles Farrugia, Alumnus de la Promotion 1987, dirige aujourd’hui Horus Partners Wealth Management Group à Genève, qu’il avait cofondé en 2007. Nous profitons de l’un de ses déplacements à Paris pour recueillir ses souvenirs de l’École et découvrir sa vision du métier de gestionnaire de patrimoine.
 

ESG MS Alumni : Tu as obtenu ton diplôme en 1987. Te souviens-tu de la raison pour laquelle tu as intégré l’ESG ?

Gilles :
 J’étais en deuxième année de faculté des sciences économiques à la Sorbonne et je ne m’y plaisais pas du tout. J’ai donc décidé d’intégrer une école de commerce. L’ESG était alors une école relativement jeune, elle avait à peine dix ans. J’ai passé des entretiens avec le Directeur de l’époque, Monsieur Azoulay, dont le projet et le dynamisme m’ont beaucoup plus. À vrai dire, les jeunes de ma génération qui ont intégré l’ESG ne l’ont pas forcément choisi. Ils auraient sans doute préféré faire HEC ou ESSEC. Pour autant, je n’ai aucun regret d’avoir fait l’ESG où j’ai trouvé des gens passionnés avec des personnalités très fortes et diverses. C’était une école dynamique où l’on travaillait beaucoup. Souvent, nous avions des partiels le samedi matin. L’ESG était « l’école qui travaillait le plus », selon le modus vivendi de Monsieur Azoulay.
 
 
Est-ce au cours de ta formation à l’ESG que tu as opté pour le secteur de la finance ?

Non. Quand je suis entré à l’ESG je savais déjà ce que je voulais faire. En revanche, cette formation m’y a préparé, notamment grâce au stage de six mois en deuxième année. Je l’ai effectué dans une banque, ce qui m’a permis de rencontrer de nombreux professionnels du secteur. Je vois encore aujourd’hui certains d’entre eux. 
 

Comment s’est déroulé ensuite ton parcours professionnel ?

Après ce stage, j’ai complété ma formation par un mastère spécialisé en trésorerie à l’ESCP. À la sortie de l’école, en 1988, grâce aux contacts que j’ai gardés à l’issue de mon stage, j’ai trouvé mon premier emploi au Crédit du Nord. Ensuite, j’ai travaillé dans différents établissements financiers en France, dans le domaine de la trésorerie. En 1996, je suis parti à Monaco. J’ai été embauché par la banque ABN AMRO afin de mettre en place les activités de trésorerie et de conseil en investissement auprès de la clientèle privée et institutionnelle. Initialement, je devais y rester peu de temps ; au bout de deux ans au maximum, je devais être transféré dans un grand pays. Pour différentes raisons, je suis resté à Monaco à peu près treize ans : neuf ans chez ABN AMRO et, ensuite, dans une succursale du Crédit Suisse, Clariden. L’ancien CEO de cette filiale et un avocat parisien avaient le projet de fonder une société de gestion. Ils m’ont proposé d’y prendre une participation. J’ai les ai suivis à Genève. C’était en 2007. Aujourd’hui, un des associés nous a quittés et nous sommes deux associés à parts égales dans cette société de gestion, Horus Partners Wealth Management Group. 

 
 
Peux-tu nous en dire un peu plus sur ta société et son évolution ?

Notre équipe compte actuellement une trentaine de collaborateurs : nous sommes quinze dans notre filiale à Singapour et environ quinze également à Genève. J’ai créé la société à Singapour en 2009, en prévoyant le rapide développement de l’Asie. Au début, cette aventure ne semblait pas évidente : ce genre de sociétés de gestion n’existait pas là-bas ; nous étions les premiers. Après que la banque de Singapour nous a accordé une licence, les trois premières années ont été très difficiles, mais depuis l’année dernière, tout fonctionne très bien. Nous sommes actuellement  en train d’acquérir « un passeport européen » par l’ouverture de filiales à Bruxelles et Malte. En effet, en restant en Suisse, nous ne pouvons pas démarcher de clients provenant de l’Union européenne, nous pouvons gérer les avoirs des clients européens qui nous sollicitent, mais ne pouvons pas faire de démarche active à leur rencontre. 
Notre société doit être en mouvement, pour répondre à l’évolution incessante du monde de la finance et, plus particulièrement, à celle du domaine de la gestion de patrimoine.



Outre l’adaptabilité, quels sont les autres aptitudes nécessaires pour réussir dans ce domaine ?

C’est un métier très difficile, pour la bonne et simple raison que vous gérez l’argent de clients privés. Il s’agit de leur propre bien, gagné plus ou moins difficilement. Il est donc évident que la personne qui se retrouve en face de vous, pour vous confier la gestion de son patrimoine, vous regardera d’abord avec suspicion. Ensuite, si tout se passe bien, elle vous regardera avec une certaine confiance. Par contre, si cela se passe relativement mal – avec beaucoup de déception. Les clients privés, à la différence des clients institutionnels, telles les caisses de retraites ou les assurances, ne sont pas prêts à affronter un échec. Si demain le marché baisse de 40 %, les institutionnels sont préparés à ce genre de situation. La personne privée, elle, n’accepte pas de perdre 40 %.
Le relationnel étant donc au cœur de la gestion des fonds de la clientèle privée, le plus important est de toujours garder une honnêteté et une intégrité intellectuelle vis-à-vis du client.
Une autre difficulté de ce métier vient du fait que le marché financier est aujourd’hui très complexe et imprévisible. Personne, à part les escrocs, ne peut prévoir et dire au client qu’il pourra faire 7 ou 8 % de rendement par an.


 
Les récurrents changements de régulation doivent rendre le métier encore plus difficile…

Effectivement. En règle générale, on se bat contre les comptes offshore, ce qui est une très bonne chose. Notre métier de gestionnaire d’actifs devient de plus en plus compliqué dans la mesure où nos compétiteurs directs sont les grandes banques. Notre client a aujourd’hui le choix d’aller voir les grands noms de la finance, tels Goldman Sachs ou Morgan Stanley. Nous devons donc lui proposer un service qu’il ne trouvera pas ailleurs. 


 
Dans ce contexte très exigeant, comment choisis-tu tes collaborateurs ?

Pour la petite histoire, lorsque j’étais en seconde, option économique, j’ai eu un professeur remplaçant qui préparait à l’époque son doctorat d’économie. Ses cours étaient passionnants. C’est justement lui qui m’a orienté vers ce métier. Quand j’ai commencé à travailler, j’ai tout fait pour le retrouver. Il travaillait dans une banque américaine, Chemical Bank, sur la gestion quantitative. Depuis, je suis resté en contact avec lui et, aujourd’hui, il travaille avec nous, comme responsable du Département d’analyse quantitative. Cette personne continue à enseigner dans des universités prestigieuses, écrit dans des magazines spécialisés et est l’auteur de six ouvrages sur l’analyse quantitative.

D’ailleurs, avec ce département de gestion quantitative, qui n’est ni plus ni moins qu’une analyse mathématique appliquée aux marchés financiers, nous misons sur des compétences scientifiques. Par exemple, nous avons dans nos rangs un jeune diplômé en sciences physiques. Actuellement, nous travaillons aussi avec une société spécialisée en analyse quantitative sur les marchés actions et allons essayer de prendre des parts dans cette société pour continuer à développer notre expertise dans ce domaine.


 
Que dirais-tu aux étudiants qui se préparent au métier de gestionnaire de patrimoine pour les encourager ou, peut-être, les dissuader ?

Certes, le métier est très difficile, mais le côté humain est bien présent. Pour qu’une confiance s’installe, il faut se connaître un peu, voire beaucoup. Cela peut provoquer de belles rencontres et les clients deviennent parfois des amis proches. Ensuite, pour bien exercer ce métier, il faut suivre de très près les évolutions en matière de finances, de taxations etc. Pour cela, mon credo reste le même depuis ma formation à l’ESG : il faut travailler beaucoup ! 


 
Quelles autres traces gardes-tu de l’ESG ? Des contacts, des souvenirs particuliers ?     

J’y ai rencontré des gens très sympathiques et très intéressants, avec plein de projets. Je me rappelle, par exemple, qu’en 1984, l’année de mon intégration, il y avait en troisième année une association très dynamique « ESG Surf » qui a même été acceptée par le Crédit Lyonnais pour participer à une compétition de planche à voile au niveau national.
À cette époque, je n’ai pas vraiment eu de vie sociale liée à l’École parce que j’ai travaillé pour payer mes études. J’ai été steward dans la Compagnie internationale des wagons-lits. Entre 1982 et 1988, presque tous les week-ends, je parcourais Paris-Rome, Paris-Florence, Paris-Venise… Nous partions un vendredi soir pour arriver samedi matin dans une ville italienne et pouvions en profiter dans la journée, avant de repartir le soir pour Paris. J’en garde de très bons souvenirs.


 
Ce goût de voyages te reste-t-il ?     

Tout à fait. J’adore voyager, prendre l’avion. Mes fréquents déplacements professionnels ne me dérangent pas. Et puis, j’ai appris à ne pas dormir beaucoup ; dans les wagons-lits, on ne dormait presque pas.
Ainsi, j’ai très peu participé à la vie sociale de l’École, j’allais très peu dans les soirées, qui avaient souvent lieu le week-end. Je n’ai donc pas gardé énormément de contacts avec les gens de l’ESG. Toutefois, je suis curieux de savoir ce que sont devenus les gens de ma promotion. 


 
Quel dernier conseil donnerais-tu à nos étudiants ?

J’ai envie d’encourager les jeunes à monter des projets, en suivant leurs passions, avant même d’être diplômés. Moi, si je regrette une chose, c’est de ne pas avoir créé ma société plus tôt. J’aurais dû la créer il y a quinze ans. Je ne l’ai pas fait parce que je manquais de confiance. Il ne faut pas avoir peur de se tromper. Étant étudiant ou jeune diplômé, même si vous vous plantez, vous avez encore tout votre temps pour suivre une autre piste : la vie n’est pas finie, elle commence ! 
 
 

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