/medias/image/17243886915c3711a4a9ea0.png
Retour aux actualités
Article suivant Article précédent

Interview de Mathilde Bluteau - Promotion 1992

Interview

-

23/09/2013



Nous avons contacté Mathilde Bluteau, Chief Financial Officer chez Microsoft France, et lui avons posé quelques questions sur son parcours professionnel et ses années passées au sein de l'ESG Management School.

 
ESG Alumni : Quel a été ton parcours professionnel ?
Mathilde : J’ai eu la chance de passer ma dernière année à l’ESG Management School (option Finances), en alternance : 3 jours à l’école et 3 jours en entreprise dans une filiale informatique de la Société Générale (SG2). J’y suis restée 1 an.
En 1993, le marché de l’emploi était déprimé. Trouver du travail était très challenging. Sortir de l’école, avec 1 an d’expérience représentait un avantage considérable.
 
Pendant mon alternance, le DRH de SG2 est parti chez EDS, SSII Américaine, plus précisément Texane. Je lui ai envoyé mon mémoire de fin d’études. J’avais fait mes preuves à la SG2, et je pense que cet acte volontaire de lui avoir envoyé mon mémoire, en guise de remerciements pour m’avoir offert l’année d’alternance à la SG2, a été déterminant dans la décision de me prendre en CDD chez EDS. A l’époque, en 1993, en pleine crise décrocher un CDD était une véritable aubaine. Pendant cet intérim, j’ai eu la chance de travailler sur la fusion de différentes sociétés : il s’agissait de réconcilier les comptes de diverses sociétés récemment rachetées.
Peu de temps après y être entré, je suis allée frapper à la porte des quelques managers du département Financier pour leur dire que j’étais intéressée, motivée, que je voulais m’impliquer d’avantage et que si un poste se libérait, ils pouvaient penser à moi. Encore un acte volontaire, délibéré qui visait à ce qu’en cas de poste à pourvoir ils pensent à moi.
 
C’est comme cela que j’ai décroché mon 1er CDI, en charge du Reporting et Consolidation des comptes pour EDS France. Puis on m’a proposé un contrat d’expatrié, avec promotion en Angleterre pour 3 ans, en charge du reporting pour toute l’Europe.
A la naissance de mon premier enfant, en 1998, je suis rentrée en France et je suis passée Responsable Contrôle de Gestion chez EDS.
 
En 1999 j’ai été chassée pour rentrer chez Cisco Systems (cette entreprise était alors en pleine croissance). J’y suis restée 4ans. Le monde des réseaux informatiques ne me plaisait pas beaucoup, je ne me sentais pas passionnée par le business.
 
En 2003 j’ai été chassée pour rentrer chez PeopleSoft (Société développant et vendant des logiciels ERP) à la Direction Financière pour l’Europe du Sud. Une OPA a été lancée 4 semaines seulement après mon arrivée. OPA hostile lancée par Oracle et qui a duré 18 mois avant d’être finalisée. Les 18 mois ont été absolument passionnants, une aventure humaine extraordinaire avec au sein de l’équipe PeopleSoft une superbe solidarité contre l’assaillant Oracle. Suite à cette opération, je ne souhaitais pas rester dans cette entreprise. Oracle, avec des prises de décisions très centralisées, offrait peu d’autonomie à des dirigeants de filiales et j’avais besoin de m’épanouir dans une structure avec beaucoup plus « d’empowerment ».
 
En 2005 j’ai rencontré un manager Apple qui m’a embauchée à Londres. Je suis alors devenue Responsable de tout le Contrôle de Gestion Europe (8 régions sous ma responsabilité y compris l’Inde).
Je suis ensuite revenue en France pour occuper le poste de Directeur des Ventes « Prosumer » (Consumer & Professional) pendant 2 ans, en charge tous les revendeurs « Pro » et distributeurs d’Apple. Ayant connu 7 années consécutives de croissance à 2 chiffres, je recherchais encore une fois plus d’autonomie dans mon engagement professionnel. Apple pendant ces 7 années avait changé sa façon de travailler, tout est devenu centralisé en laissant peu de place au processus de décision dans les filiales.
J’ai été chassée par Microsoft et suis Directrice financier France depuis septembre 2012. C’est un poste très opérationnel, très proche du terrain et des équipes de vente, il s’agit avant tout d’accompagner la croissance de l’entreprise. Microsoft est une société avec une forte et belle culture d’entreprise qui porte haut ses valeurs. Entreprise très exigeante mais avec une véritable volonté de développer le potentiel de ses collaborateurs.
 
ESG Alumni : Peux-tu nous décrire une journée type?
Mathilde : Je coordonne les activités de mon équipe ou des équipes avec lesquelles je travaille. 100% de mon travail consiste effectivement à coordonner, « driver » des projets ou des process, y compris bien évidemment les projets d’investissement pour la filiale Française. On retrouve dans l’ensemble de ces tâches tous les processus « classiques » du contrôle de gestion à savoir : Planning & Forecasting, Clotures, Analyses de l’évolution du Business et Reporting. Je passe donc la plus part du temps en réunion avec mes collaborateurs et ceux des équipes de vente et marketing de la filiale Française. Je suis également en charge d’un gros projet à l’échelle mondiale et y consacre environ 20% de mon temps avec des collègues venant de tous les continents.
 
ESG Alumni : As-tu rencontré des obstacles lors de ton entrée dans la vie active ?
Mathilde : Non. Il y avait un manager chez EDS, qui est depuis devenu un ami, qui sortait de HEC et à cette époque, pensait que seules les personnes qui sortaient des très grandes écoles étaient compétentes. Il a hésité avant de m’embaucher mais il voyait en moi quelqu'un avec du potentiel.
Plusieurs mois après mon embauche, il m’a avoué que j’avais changé sa perception : même venant d’une école un peu moins cotée il y a de très nombreuses personnes avec de belles compétences et surtout un potentiel très intéressant.
 
 
ESG Alumni : Aujourd'hui es-tu contente de ta situation professionnelle ?
Mathilde : Je suis super contente ! Je suis épanouie dans mon travail. J’ai toujours été portée par ma motivation, ma volonté de me remettre en cause et de continuer à apprendre. Je me suis toujours dit que dès que je commençais à m’ennuyer dans un poste, je devais bouger, et c’est ce que j’ai fait ! Je pense qu’être curieuse et déterminée sont de beaux défauts !
 
 
ESG Alumni : As-tu des perspectives d'évolution ? Des projets ?
Mathilde : Oui ! Je laisse mon esprit toujours très ouvert. Je regarde comment je peux évoluer dans la fonction finance chez Microsoft ou évoluer dans une fonction plus proche business/terrain. Ce qui est certain est que je souhaite continuer à être challengée.
 
 
ESG Alumni : Quelles qualités sont requises pour travailler dans ce domaine ?
Mathilde : A mon niveau de Management, il faut du leadership, une capacité à montrer la vision, tout en restant proche des réalités terrain, à embarquer équipes sur ses missions, à avoir la volonté de s’appuyer sur des hommes et des femmes et à travailler sans cesse à leur développement. Je mets de côté la dimension expertise finance mais il est évident qu’elle doit faire partie des compétences.
Il faut également un esprit de collaboration, savoir écouter, savoir influencer et en même temps savoir prendre des décisions, le courage décisionnel étant un point clé également me semble-t-il du leadership.
 
ESG Alumni : As-tu suivi le parcours pro que tu t’étais fixé ou As-tu changé de direction ?
Mathilde : C’est illusoire de penser qu’à la sortie de l’école on se fixe un parcours. C’est une erreur de se fixer ça car cela évolue. On pense différemment après 20 ans d’expérience que lorsque que l’on sort de l’école.
Il ne faut pas se fermer de portes mais rester ouvert aux propositions qui peuvent être faites. Mon objectif était d’avoir un poste à responsabilités, j’ai travaillé en ce sens et j’y suis arrivé. Je voulais également travailler dans domaine du sport, mais les rencontres que j’ai faites ne m’y ont pas conduit et aujourd’hui je suis ravie d’avoir travaillé 20 ans dans le domaine de l’informatique, monde qui évolue en permanence.
 
 
ESG Alumni : As-tu eu l’occasion d’engager un étudiant de l’ESG MS ou des MBA ?
Mathilde : Oui, mais pas au cours des 5 dernières années, en revanche, j’ai eu des stagiaires de l’ESG MS.
Mon mari, qui a une petite structure, a beaucoup de stagiaires de l’ESG MS et en est très satisfait.
 
ESG Alumni : Si demain un Alumni t’appelle, est ce que tu étudieras son CV avec plus d’attention ?
Mathilde : Une chose importante, je reviens sur mon anecdote avec le manager d’EDS. Ayant travaillé dans culture anglo-saxonne, avant de regarder l’école, je regarde le parcours professionnel. En France on s’attache beaucoup trop à la formation scolaire. Le pourcentage de formation liée à l’inexpérience ne fera que croitre au cours de la carrière. Il faut impérativement sortir de notre zone de confort, se remettre en cause.
A la sortie de l’école, notre savoir est composé à 80% de scolaire et à 20% par l’expérience. Tout change dès que l’on commence à travailler.
Si je vois qu’un candidat vient de l’ESG MS, je vais bien sûr prêter attention à sa candidature mais je resterais équitable vis-à-vis des autres. Il y aura forcément une forte dimension émotionnelle, nous aurons des choses en commun… et donc un lien se différenciant des autres. Mais dans mon engagement en tant que manager, je fais en sorte de diversifier les parcours et les équipes (universités, grandes écoles, écoles moins cotées), mais je me souviens d’où je viens.
 
ESG Alumni : As-tu des conseils à donner à nos étudiants ?
Mathilde : Je recommande aux jeunes de montrer leur motivation. Un manager, en cas de choix à faire entre deux personnes, aura toujours tendance à aller vers le plus motivé.
Les points les plus importants sont une bonne dose de travail, de la passion et du courage (prendre les challenges qui vous sont offerts à bras le corps). Il faut aussi savoir se remettre en cause et sortir de sa zone de confort.
Nous avons de la chance en France, il y a de bonnes possibilités d’organisation entre carrière et vie familiale. Et j’ai un conseil en particulier à donner aux femmes qui travaillent beaucoup et qui gèrent leurs carrières et qui n’ont pas encore d’enfant. Quand on est jeune, on pense que ce n’est jamais le moment car on risque de passer à côté d’une nouvelle mission, d’un job auquel on peut prétendre … mais c’est toujours le bon moment pour avoir un enfant. Quand il arrive on s’organise, on fait avec. Si on est professionnel, qu’on a des résultats, l’entreprise ne nous oublie pas.
Aujourd'hui la plupart des entreprises visent à favoriser et encouragent les femmes à travailler sur le développement de leur carrière. Il ne faut pas penser à ce qu’on ne sait pas faire mais ce qu’on sait faire, les femmes ont trop souvent tendance à lister d’abord toutes les choses qu’elles ne savent pas faire alors que les hommes se mettent plus facilement en avant même lorsqu’ils ne maitrisent pas le sujet complètement. N’hésitez pas Mesdames à vous valoriser, vous êtes toutes aussi compétentes que vos homologues masculins !
Etre une femme m’a servi car j’ai toujours été dans des entreprises où la représentativité des femmes était importante.
 
 
ESG Alumni : Comment était la vie de l’école lors de ta promotion ?
Mathilde : Top ! C’était des années fabuleuses. Quand je m’en souviens, ce sont de superbes années : la liberté, des amis, pas beaucoup d’argent mais une ambiance de travail excellente.
On sortait de la prépa où l’ambiance était plus concurrentielle, on était plus cool. On a très vite mis en place une belle collaboration dans notre groupe de travail.
 
ESG Alumni : Quel a été ton professeur préféré ?
Mathilde : Un professeur de droit, mais je ne se souviens pas de son nom. Il avait un humour pince sans rire que l’on adorait et savait capter notre attention même lorsque le cours se finissait à 20h.
 
ESG Alumni : As-tu une anecdote sur un professeur à nous raconter ?
Mathilde : Un prof d’économie des marchés avec qui nous avions cours le Samedi matin et qui n’était pas très marrant. Le cours était en amphi et il ramassait une copie sur deux sur l’analyse de l’actualité financière de la semaine. Avec notre petit groupe d’amis nous préparions en commun une copie pour deux et mettions nos noms sur la copie à la dernière minute. Bon ce n’est pas très glorieux mais de bonne guerre. Aujourd’hui je pense à lui en écoutant BFM tous les matins dans ma voiture !
 
ESG Alumni : Te souviens-tu du nom de ton BDE / Président ?
Mathilde : Non, à l’époque je faisais beaucoup de hockey sur glace, j’étais en Equipe de France et j’ai donc passé peu de temps dans la vie associative.
 
 
ESG Alumni : Que retiens-tu de l’ESG MS ?
Mathilde : Mes Amis et Amies, des cours très intéressants (dont les cours de Japonnais !) et globalement d’excellents souvenirs.
 
 
ESG Alumni : As-tu un souvenir en particulier qui a marqué tes années à l’ESG MS ?
Mathilde : Très bon souvenir du weekend d’intégration à Berq plage !
J’adorais les cours en haut des Buttes Chaumont, je ne suis pas sure que vous ayez des locaux encore là-bas. On adorait manger dans les petits cafés aux alentours, il y avait souvent des acteurs ou vedettes de la télé connus car la Régie Française de Production avait des studios tout proches. Et l’été le sandwich mangé sur l’herbe était encore meilleur !
 
 
ESG Alumni : As-tu gardé contact avec certains étudiants de l’ESG MS / MBA ?
Mathilde : Oui mes camarades avec lesquelles je travaillais en groupe, Anne Diallo et Nathalie Vercelone. Nous sommes toujours de très bonnes amies. A chaque fois que l’on se retrouve, c’est comme si nous nous étions quittées la veille. Nous avons une connivence fabuleuse et des liens très forts.
 
 
ESG Alumni : Si c'était à refaire et que tu avais 20 ans aujourd’hui, que changerais-tu ?
Mathilde : Rien, la vie est toujours belle, et elle l’était particulièrement à cette époque là
 
ESG Alumni : Tes enfants sont-ils de futurs ESGéens ?
Mathilde : Pourquoi pas, mais ils me voient beaucoup travailler et ne veulent pas travailler autant. Ils vont très certainement faire une autre carrière que la mienne.
La fille d’amis vient tout juste de rentrer à l’ESG MS et sa mère m’a appelée le jour où elle a été reçue, je crois qu’elle était très fière de me le dire, et je dois dire que je suis également très fière qu’elle intègre l’école qui m’a formée et m’a permis de faire une belle carrière.

2046 vues Visites

J'aime

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Interview

Interview de Théo Ambrosini et Grégory Debret, fondateurs d'Homizy

User profile picture

Marie-Cécile CHEVALIER

17 octobre

Interview

Du côté des entrepreneurs : Julie Réjean (PSB PGE 2007)

User profile picture

Marie-Cécile CHEVALIER

29 avril

Interview

Du côté des entrepreneurs : Purée Maison

User profile picture

Marie-Cécile CHEVALIER

10 janvier